600 personnes se sont rassemblées sur la place Jeanne Hachette, à Beauvais (Oise), ce lundi 3 juillet 2023 à 12h, à l’appel de l’Association des maires de France (AMF) de l’Oise. Ce rassemblement pour une « mobilisation civique contre les violences » faisait suite à l’attaque à la voiture bélier au domicile du maire de l’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), Vincent Jeanbrun (Les Républicains). Plusieurs personnalités se sont exprimées, dont Franck Pia, maire de Beauvais, Alain Vasselle, président de l’Union des maires de l’Oise, Nadège Lefebvre, présidente du conseil départemental de l’Oise, Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise.
Une attaque à la voiture bélier dont on ne sait actuellement peu de choses en dehors de sa violence. L’acte, en lui-même, a été condamné par l’ensemble des familles politiques. Ici, à Beauvais, la parole a été monopolisée par une famille politique en particulier. Laissant ainsi place à un discours particulièrement violent, non pas à l’égard des violences contre la famille de Vincent Jeanbrun – ainsi que sa femme Mélanie Nowak, conseillère départementale et leurs deux enfants de 5 et 7 ans -, mais bel et bien, à l’égard de toutes les révoltes populaires actuelles.

Occulter les causes, se plaindre des conséquences
Pas un mot ou presque sur l’origine de ces soulèvements, ni sur leurs origines profondes qui sommeillent depuis de nombreuses années. Seul Franck Pia a eu un mot pour Nahel et sa famille, trouvant “consternant” le meurtre policier dont le jeune de 17 ans a été victime à Nanterre. Le maire de Beauvais a aussi rapporté la parole de la grand-mère de la jeune victime appelant à l’apaisement.
Mais l’apaisement n’est pas le calme, et rien ne le sera jamais si on ne règle pas les problèmes politiques sous-jacents à ces révoltes populaires. Mais pour ces 4 personnalités susnommées, tous les maux ont un coupable. Tout désigné des “jeunes mineurs sont à l’origine de ces faits” et la solution unique proposée par Alain Vasselle est “qu’il y ait un meilleur contrôle de celles et ceux qui se comportent ainsi comme des délinquants”.
“Nous le savons toutes et tous, l’absence de service public de proximité, l’absence de commerce et de services de proximité, que ce soit alimentaire, les banques, les bureaux de Poste pénalisent durablement les habitants de nos communes, de nos villes et de nos quartiers”, a affirmé Franck Pia. Une remise en question des années de gestion néo-libérales ? Cette méthode même qui a détruit les services publics et fait fuir les commerces des quartiers populaires ?

“Le pacte social, il est plus que fracturé, il est déchiré”
Non, pour lui, la cause de des soulèvements actuels tire son origine dans le fait que “la puissance de l’État n’est plus respectée”. Olivier Paccaud renchérissant dans la même ligne : “le pacte social, il est plus que fracturé, il est déchiré.” Sans comprendre par qui il a été mis en pièces…
À croire que le mouvement Black Lives Matters, qui a connu un état similaire en 2020 – lors du meurtre policier de George Floyd – n’aura servi à rien. Et pourtant les mots de l’écrivaine Kimberley Latrice Jones résonnent tout particulièrement face à ces propos : “il y a un contrat social qui nous lie toutes et tous : si tu voles ou si je vole, la personne qui représente l’autorité intervient et règle la situation. Mais cette personne nous tue. Donc le contrat social est rompu.”
En France aussi le nombre de personne tuées par la Police est suffisamment édifiant pour mettre en péril ce “pacte social” : Zyed et Bouna, Adama Traoré, Nahel aujourd’hui, et, bien sûr, tous les autres.

La stratégie de l’autruche
Une stratégie de l’autruche, donc, dans la même lignée que le gouvernement, qui nie toutes les accusations de racisme ou de discriminations systémiques pointées du doigt par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme. Pour nos 4 intervenants, la Police parait sans reproches.
Nadège Lefebvre ira même jusqu’à plaindre les policiers : “nos forces de l’ordre sont à bout”, et Alain Vasselle de surenchérir : “je tiens, comme le dit Monsieur Pia, a remercier les forces de police municipale, les forces de police d’État, qui sont à nos côtés au quotidien pour la sécurité des biens et des personnes. Et qui sont à l’épreuve quasi quotidiennement, depuis que ces événements sévissent, d’années en années. Et qui laissent à penser que notre société, dans certains quartiers, sont pratiquement au bord de la guerre civile.”
Une seule stratégie commune : l’autruche ; le sable à l’air confortable pour y fourrer sa tête. Quant à la guerre civile, Alain Vasselle reprend donc les propos séditieux de l’UNSA Police et de Alliance Police, syndicats majoritaires de la Police Nationale.

“Ce que l’on appelle des jeunes mais qui sont des délinquants, des voyous”
Nos 4 comparses ont réduit les révoltes populaires actuelles aux violences nocturnes, écartant volontairement la portée politique d’un tel geste. Et la même stratégie avait, elle aussi, été utilisée à l’encontre des phénomènes similaires lors des Gilets Jaunes ou des stratégies de Black Block lors des manifestation sociales.
La palme de cette négation revenant sans aucun doute à Olivier Paccaud déclarant : “je fais partie de ceux qui ne molliront pas pour durcir certaines peines envers ce que l’on appelle des jeunes mais qui sont des délinquants, des voyous.” La jeunesse appréciera cet “appel au calme” de monsieur le Sénateur de l’Oise.
Les orateurs du jours oublient que le seul “appel au calme” viendra d’une véritable justice sociale. La mise en place d’une plus forte répression que celle qui a provoqué le soulèvement ne fera qu’accentuer les tensions actuelles.

“Des sanctions plus sévères à leurs égards”
On rappellera aussi que, le même jour, se tenaient les premiers procès à l’encontre des personnes arrêtées lors des révoltes populaires de l’Oise : des personnes de 19 à 45 ans, dont une large majorité strictement inconnue des services de Police. Et les peines sont déjà lourdes, pouvant aller jusqu’à 10 mois fermes pour l’expression d’une colère et d’une injustice. Cela n’empêche pas Alain Vasselle de réclamer “des sanctions plus sévères à leurs égards”.
Et pourtant Olivier Paccaud rajoute que : “la république Française est généreuse, elle offre énormément de droits aux citoyens, mais si elle offre des droits, elle exige des devoirs. Et le premier des devoirs est le respect de la loi et de ceux qui la font respecter, les forces de l’ordre”. Reste une question à trancher : qui fera respecter la loi aux forces de l’ordre ?
Certainement pas le gouvernement actuel – dont Caroline Cayeux, présidente de l’agglomération du Beauvaisis, fut une des éphémères ministres, si prompt à bloquer la cagnotte à destination de Christophe Dettinger, mais incapable de le faire sur celle à destination du meurtrier de Nahel, dépassant à ce jour le million d’euro.
“Un jeune pompier de 24 ans qui est mort”
On saluera aussi la tentative de récupération de Nadège Lefebvre qui voulait “quand même rappeler qu’on a un jeune pompier de 24 ans qui est mort.”
Avant de rajouter, accusant les jeunes d’avoir attaqué le pompier, que : “moi, je ne l’admettrai jamais et je rejoins ce qu’a dit Frank Pia tout à l’heure, ce n’est pas acceptable et les élus doivent rester droits dans leurs bottes et défendre la République”.
Le problème ? Ce jeune pompier est décédé au cours d’une intervention qui n’avait aucun lien avec les soulèvements des quartiers populaires. Son supérieur rappelant que : “nous intervenons chaque semaine, toute l’année, sur une dizaine de feux de ce type et qu’il ne faut pas confondre concomitance et causalité”.
Ce jeune pompier s’ajoute donc à la trop longue liste des morts au travail. En effet, chaque année, près de mille travailleuses et travailleurs perdent la vie sur leur lieu de travail. Peut-être serait-il intéressant que nos élu·es s’y intéressent ?

Un cours d’histoire Olivier Paccaud ?
Vive la France lorsqu’elle est républicaine”, a harangué Olivier Paccaud. Rappelons toutefois que la 1ère république a été la souveraineté populaire sur la souveraineté nationale, qu’elle s’est constituée sur un monarque décapité, et qu’elle portait certains concepts clairs, que voici :
« Le Peuple est l’ensemble des citoyens français. Peut également devenir citoyen, tout étranger domicilié en France depuis une année, qui y travaille ou acquiert une propriété, ou épouse une Française ou adopte un enfant ou nourrit un vieillard. »
« La souveraineté du Peuple s’exerce directement. Il dispose du droit de proposer des textes de loi et peut s’opposer aux lois votées (usage du référendum). »
À quand revenir à la République Olivier Paccaud ?


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