“Pas de chaises vides à la rentrée !”

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Isabel Coelho

“Pas de chaises vides à la rentrée”, c’était le mot d’ordre du rassemblement qui s’est tenu dans le centre-ville de Beauvais, mercredi 5 juillet, à partir de 11 heures, à l’initiative de Solidarité Migrants Beauvais – Réseau éducation sans frontières Oise (RESF 60) – et de la Fédération syndicale unitaire (FSU). L’objectif ? Sensibiliser à la situation des enfants migrants, à leur devenir dès la rentrée scolaire prochaine, et plus largement, au droit à l’éducation.

Des hommes, des femmes et des enfants élèvent une banderole “Un toit, une école, des papiers” du RESF 60. Crédits : Isabel Coelho

Autour de la fontaine de la rue Saint-Pierre, en plein centre-ville de Beauvais, l’installation interpelle. Celle de chaises d’écoliers vides, où sont inscrits, dans leur dos, les prénoms de responsables politiques : « Manu, Gérald, Marine, Pap, Caroline, Franck… » De la sorte, les militants pointent du doigt leurs programmes migratoires et leurs politiques locales ou nationales.

Ces chaises vides représentent tous les enfants migrants scolarisés à Beauvais, qui, pour certains, ne retrouveront ni leur école ni leurs camarades à la rentrée prochaine. En cause, ils viennent d’être soumis à une Obligation de quitter le territoire Français (OQTF) et sont contraints d’expulsion.

Installation éphémère. Crédits : Isabel Coelho

“Ce sont des enfants, ils sont nos élèves”

Face à cette menace, Pierre Ripart, enseignant et co-secrétaire de la FSU de l’Oise, rappelle qu’il est du devoir du gouvernement et des décideurs politiques de faire respecter les droits des enfants migrants. Cela impliquant de mettre en place des politiques qui favorisent l’inclusion des enfants migrants dans les systèmes éducatifs, indépendamment de leur statut migratoire.

“Il ne faut pas renvoyer ces enfants pendant les vacances, et d’une façon générale, tout au long de l’année scolaire. En tant qu’enseignant, on ne s’occupe pas de connaître la situation administrative de nos élèves. Ce sont des enfants, ils sont nos élèves. À la rentrée, on ne veut pas de chaises vides”, fait savoir Pierre Ripart.

Prise de parole de Pierre Ripart, FSU de l’Oise. Crédits : Isabel Coelho

Une occasion de rappeler que ce sont aux préfectures de gérer les questions liées à l’immigration et aux migrants. Elles sont responsables de la mise en œuvre des politiques définies par le gouvernement et travaillent en étroite collaboration avec d’autres organismes et organisations, tels que l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFI), la Police aux frontières (PAF) et les associations humanitaires, pour assurer la gestion des flux migratoires.

Un toit, une école, des papiers

Banderole “Un toit, une école, des papiers” de RESF 60. Crédits : Isabel Coelho

Richard Labrousse, président de l’association Solidarité Migrants, a justement relevé la rigidité de la Préfecture de l’Oise en la matière, et la difficulté de contacter leur service de l’immigration.

“Pendant les vacances, leur politique raciste continue d’être appliquée. Il y a donc un risque que d’autres OQTF tombent en juillet ou en août. Nous avons à faire à un gouvernement et une préfète qui sont déterminés”, explique le militant.

Avant de faire remarquer : “qu’on se souvienne de cette phrase terrible de Gérald Darmanin, lorsqu’il avait expliqué que “la France est un État de droit et que les OQTF devraient être appliquées.” C’est tout simplement une farce. L’état de droit, en France, n’existe pas. Rappelons que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme à 10 reprises pour incarcération d’enfants en centre de rétention administrative. C’est 2 900 enfants qui sont passés en centre de rétention.”

Richard Labrousse évoque également le projet de la loi Asile et immigration, dont le texte, passé en lecture au Sénat en mars 2023, a été suspendu lors des manifestations contre la réforme des retraites mais devrait resurgir prochainement.

“Quelque soit le nom qu’aura, cette loi, dans le projet qui avait été proposé par Gérald Darmanin, il était indiqué que les enfants pourraient être mis en centre de rétention en fonction de leur âge. La barre est fixée à 16 ans. La future loi Asile immigration concernera aussi bien les migrants que les associations qui leur viennent en aide”, continue-t-il.

“Pour le droit de circulation”

Richard Labrousse, président de RESF 60. Crédits : Isabel Coelho

Par ailleurs, Richard Labrousse tient à réaffirmer les convictions de l’association RESF 60, tout en précisant que personne ne devrait être assigné à résidence : “on est totalement pour le droit de circulation. Après tout, il y a des milliardaires qui se baladent en jet et qui vont à peu près n’importe où, en polluant l’espace. Il y a des retraités français qui ont suffisamment d’argent pour s’installer dans des pays à moindre coût comme le Maroc et la Tunisie. Mais pour les jeunes, les migrants, eux ne pourraient pas venir. Surtout lorsqu’ils arrivent d’Afrique.”

Avant de dresser un triste inventaire des violences récentes qui découlent de mesures politiques autoritaires : “les menaces contre la lutte des droits de l’Homme, la dissolution des Soulèvements de la Terre, l’annulation de l’agrément de l’association Anticor… Nous avons à faire à un gouvernement qui est de plus en plus autoritaire.  Il n’hésite pas à utiliser des armes de guerre quand il y a des manifestations, des rassemblements. J’ai encore en mémoire ce qui s’est passé à Sainte-Savine, c’était d’une brutalité absolument inouïe. Ils vont tenter de retourner la situation en expliquant que les manifestants étaient eux-mêmes des personnes extrêmement violentes.”

La politique des “tests osseux”

Installation éphémère. Crédits : Isabel Coelho

Sur la situation des enfants migrants, le président de RESF 60 explique la violence de l’utilisation des tests osseux pour évaluer l’âge des enfants soulevant des préoccupations d’ordre éthique et légal. Un procédé de l’État utilisé pour déterminer l’âge d’un individu lorsque celui-ci est inconnu ou incertain. Il est à noter que ces tests sont sujets à des marges d’erreur importantes, notamment en raison des variations individuelles dans le développement osseux et de l’influence de facteurs tels que la nutrition, la génétique et l’environnement, comme le prouve la critique scientifique actuelle.

“Les tests osseux, c’est plutôt pour déterminer de façon tout à fait artificielle la majorité. Ils ont été inscrits dans la loi du fait de l’intervention de Laurence Rossignol qui était, à l’époque, députée, et aujourd’hui, sénatrice du Parti Socialiste dans l’Oise. Mais il y a un delta de doute qui va de 17 à 19 ans. En général, le doute ne bénéficie pas à la personne quand on fait appel. Les jeunes mineurs sont expulsés de l’aide sociale en France”, relate Richard Labrousse.

Avant de continuer : “quand il est fait appel au tribunal administratif et que celui-ci considère que les enfants migrants sont mineurs, l’aide sociale, en France, ne les accepte pas. Elle préfère attendre la décision d’un juge pour enfant. Lorsque que ce dernier intervient, c’est des mois plus tard. C’est une façon pour l’aide sociale à l’enfance de faire en sorte que la majorité se rapproche de plus en plus. Une politique qui est absolument épouvantable et que l’on dénonce, aussi bien à la préfecture qu’au Conseil départemental.”

“Deux jours avant le début des vacances scolaires”

Par ce rassemblement qui intervient “deux jours avant le début des vacances scolaires”, Pierre Ripart, de la FSU de l’Oise, rappelle la vigilance qui doit être de rigueur pendant cette période puisqu’il “peut arriver que des préfectures se servent de ce laps de temps”.

Cette prise de parole publique a ainsi permis d’alerter sur des situations alarmantes. “On a également des dizaines d’enfants qui sont à la rue dans l’Oise, tous les soirs, et tous ne sont pas sans papiers”, explique-t-il. Conséquence d’une “position extrémiste du ministre de l’Intérieur qui assimile immigration et délinquance ou immigration et criminalité, et de la loi asile et immigration”.

Il est ainsi bon de rappeler que les lois protègent le droit à l’éducation des enfants, quelque soit leur statut migratoire. La convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies stipule que “tous les enfants ont le droit à l’éducation”. Aux élus et représentants de la République, à leurs tentations migratoires violentes et ultra sécuritaires en escalade, il serait donc juste de rappeler que les adultes migrants, qu’ils soient hautement qualifiés ou non, contribuent à l’économie française par leur participation au marché invisible du travail.

Ces “invisibles de la République”

Installation éphémère. Crédits : Isabel Coelho

Ces invisibles de la République, c’est d’eux que veut parler Richard Labrousse, tout en dénonçant les politiques actuelles : “dans l’attitude du gouvernement, il y a un vieux réflexe colonial, qui fait que les Africains qui viennent en France n’ont pas lieu d’être. Parce qu’ils vivraient aux crochets de la nation. Citons Eric Zemmour qui parle des mineurs étrangers isolés comme de voleurs, violeurs et assassins. C’est un peu la même logique dans la stigmatisation de ces personnes. Et puis, le fait de considérer qu’ils sont potentiellement dangereux”.

Par ailleurs, Pierre Ripart de la FSU de l’Oise et Richard Labrousse de RESF 60 rappellent que : “les migrants occupent souvent des emplois dans des secteurs où il y a une demande de main-d’œuvre. Ils contribuent au système fiscal français en payant des impôts, des taxes et des cotisations sociales. De nombreuses études et analyses ont montré que l’immigration a un impact économique positif global sur les pays d’accueil”.

RESF 60 appelle d’ores et déjà à un rassemblement, le vendredi 14 juillet, à Paris, afin de rejoindre le collectif de la Marche des solidarités internationale. L’association dit également vouloir organiser une mobilisation, dans les mois à venir “contre la future loi Asile immigration” et “contre l’évolution autoritaire d’Emmanuel Macron et de son gouvernement”.

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