Clermont. Le secrétaire de la CGT du CHI, Fabrice Oganesoff, est mis en examen

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Cyril Girardeau

Ce mercredi 26 juillet se tenait l’audition préalable de Fabrice Oganesoff, secrétaire général de la CGT du CHI de Clermont, poursuivi en diffamation par l’ancien directeur des ressources humaines (DRH) et la nouvelle DRH. À l’origine de cette “affaire”, un tract syndical satirique, dans la tradition habituelle de ces publications.

Soutiens de Fabrice Oganesoff devant le tribunal de Beauvais le 26 juillet 2023. Crédits : Cyril GIRARDEAU

Comme annoncé le 10 juillet dernier, Fabrice Oganesoff est poursuivi par Gaëlle Fraser Grare, nouvelle DRH du CHI de Clermont (Oise) et Laurent Mesnil, ancien DRH de l’établissement, qui occupe désormais les mêmes fonctions à l’hôpital Simone Veil de Troyes (Aube).

Le résultat de l’audition a été sans appel. Fabrice Oganesoff a été mis en examen pour diffamation, le 26 juillet, au tribunal de Beauvais. Cela n’étonne pas le principal intéressé, pour qui “dès le départ, c’était décidé qu’on irait jusqu’au tribunal”.

Une décision qui intervient dans un contexte généralisé de répression syndicale, jusqu’à provoquer, récemment, un appel collectif pour les libertés syndicales publié dans les colonnes de l’Humanité.

“Dans la région, c’est une première”

Soutiens de Fabrice Oganesoff devant le tribunal de Beauvais le 26 juillet 2023. Crédits : Cyril GIRARDEAU

“Dans la région c’est une première”, s’indigne Olivier Fenioux, secrétaire régional santé et action sociale de la CGT. “Ça a été le cas d’une camarade de l’Union Départementale du Loiret mais dans un EHPAD”, étaye-t-il. Déjà dans cette affaire, la directrice de l’EHPAD concerné avait attaqué personnellement la secrétaire du syndicat, Sylvie Bertuit, pour un tract jugé “diffamatoire”, avant de devenir directrice du groupe hospitalier Sud Ardennes à Rethel (Ardennes).

Des façons de procéder qui se ressemblent et interrogent. Dans les faits, les deux situations montrent qu’un membre de la direction s’en prend (personnellement ?) aux syndicats, avant de partir vers un autre poste, dans une autre ville. Pour rappel, Sylvie Bertuit a été condamnée à 2500€ d’amende le jeudi 6 juillet par le tribunal d’Orléans.

Prise de parole des soutiens de Fabrice Oganesoff devant le tribunal de Beauvais le 26 juillet 2023. Crédits : Cyril GIRARDEAU

Mais pour Olivier Fenioux, la situation est peu comparable : “c’est très étonnant que ce genre de répression se fasse en psychiatrie. On travaille avec de l’humain, donc on travaille majoritairement en dialoguant avec les équipes de direction”. Le sentiment partagé par tous les syndiqués et sympathisants de la CGT présents pour soutenir Fabrice Oganesoff est le même : “la répression syndicale doit cesser”.

Et d’Olivier Fenioux de prendre pour exemple : “Quand François Ruffin fait son bouquin sur l’hôpital Philippe Pinel (ndj. Un député à l’hôpital psychiatrique, 2017, éditions Fakir), il dénonce énormément de choses, les camarades manifestent, organisent un quasi-blocage de l’hôpital, et pourtant, on n’a jamais été en justice”.

Mais aujourd’hui, les visages sont tendus et la colère est palpable. Olivier Fenioux dénonce : “c’est le syndicat qui est visé, par deux personnes, dont une est partie au moment du dépôt de plainte”.

Avant d’ajouter que “la direction se retrouve, elle, en difficulté. Notamment dans la presse, à cause de ça”, craignant que cela complique les possibilités de recrutement du CHI, déjà en manque de personnel.

“Ce n’est pas le CHI qui a déposé plainte, mais [bien] 2 personnes physiques”

Soutiens de Fabrice Oganesoff devant le tribunal de Beauvais le 26 juillet 2023. Crédits : Cyril GIRARDEAU

Contactée, la direction n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet au-delà d’un rappel de forme : “ce n’est pas le Centre Hospitalier Isarien EPSM de l’Oise qui a déposé plainte en diffamation, mais bien deux personnes physiques”. Botter en touche avec cette efficacité est réservé aux professionnels.

Laurent Mesnil et Gaëlle Fraser Grare ont, quant à eux, révélé dans la presse ne pas vouloir faire de commentaires tout en ajoutant que : “si la loi pose effectivement le principe général de la liberté d’expression s’agissant notamment d’une organisation syndicale, elle prévoit également des limites qui ont été largement franchies ici”.

La justice devra donc trancher, ici, en faveur ou contre le droit à la caricature et à la satire. Ainsi, on saura si on a “le droit de caricaturer des dirigeants politiques”, comme le dit Riss, directeur de Charlie Hebdo dans les colonnes du JDD, contrairement aux dirigeants de son entreprise.

“La réalité du terrain”

Fabrice Oganesoff, secrétaire de la CGT du CHI de Clermont (Oise). Crédits : Cyril GIRARDEAU

Mise en examen ou non, cela ne résout pas les problèmes de fond pointés par la CGT du CHI de Clermont Oise. Fabrice Oganesoff précise qu’il “manque 120 postes, dont 20 postes de médecins, 70 d’infirmiers. Et ce sont les chiffres de la direction. Je pense qu’on est loin du compte. Hier encore, un médecin est parti du CMP de Montataire. Ça c’est la réalité du terrain”.

Mais le secrétaire général, plus déterminé que jamais, prévient : “à la CGT, on continuera de faire ce qu’on fait actuellement. On est en train de tuer la santé mentale chez nous. Et derrière, il y a des patients à prendre en charge. Mais on ne peut pas travailler dans ces conditions-là. On espère que cette médiatisation va, au moins, nous permettre d’obtenir un rendez-vous avec l’ARS”.

Affaire à suivre donc, tant en termes de justice qu’en termes de conditions de travail.

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