SCAPNOR. Un Isarien en grève de la faim

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Isabel Coelho, Cyril Girardeau

Le 6 juillet 2023, Romain Duciel, 36 ans, n’a pas pris, comme à son habitude, ses fonctions dans l’entreprise Scapnor de Bruyères-sur-Oise (Val-d’Oise). Depuis 16 ans, cet habitant de Puiseux-le-Hauberger (Oise) y travaille en tant qu’approvisionneur au service commercial. Mais ce jour-là, installé dans son camion face à l’entreprise, il a entamé une grève de la faim. En cause, la direction lui a signifié, le 20 juin dernier, son licenciement.

Aux frontières de l’Oise et du Val d’Oise, cette centrale logistique – une des 16 centrales d’achats et d’approvisionnement de l’enseigne E. Leclerc – fournit les magasins du nord de l’Île-de-France et au-delà. Scapnor est une de ces plateformes “modernisées”, installée à Bruyères-sur-Oise, qui dessert les points de vente de 7 départements (Val-d’Oise, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Yvelines, Seine-et-Marne, Somme et Oise) et approvisionne 28 hypermarchés, 24 drives et 3 magasins “express” du géant de l’agroalimentaire.

De Scapnor, Romain Duciel explique subir un choc en recevant à son domicile, le 20 juin, un courrier de son employeur. La direction l’a informé de son licenciement pour faute grave sans indemnités suite à une erreur de saisie de commande.

Romain Duciel. Crédits : Romain Duciel

Jeune papa d’un enfant de 10 mois, Romain Duciel a toujours travaillé avec d’importantes charges de travail. “Nous avons une cadence très soutenue, et ce jour-là, courant avril, j’ai passé une commande supérieure aux besoins des stocks”, explique-t-il. Une erreur correspondant à 2 ans de stock, sur un produit non périssable : du papier toilette. Une question se pose alors. Le groupe ne pourrait-il pas, tout simplement, décider de répartir le stock sur l’ensemble de ses plateformes ? En vain.

“J’ai immédiatement informé ma cheffe de service”

Seize années de carrière ainsi balayées… Pourtant, Romain Duciel fait partie de ces travailleurs fiers de leur travail. Il raconte à notre équipe sur place : “j’ai démarré comme préparateur de commandes. J’ai occupé plusieurs postes, beaucoup de postes. J’ai évolué, années après années, en responsabilités. Je suis venu travailler le jour et la nuit certaines années. Encore aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai fait pour Scapnor.”

Des responsabilités confiées au jeune homme “grâce” à son sérieux et son investissement. Alors, il explique : “après vérification dans le logiciel, j’ai réalisé mon erreur de commande. J’ai immédiatement informé ma cheffe de service oralement, honnêtement, et en transparence devant toute l’équipe.”

Face à cette situation, il semble particulièrement étonnant que le logiciel d’un tel groupe n’envoie aucune alerte en cas de saisie aberrante. Une fonctionnalité présente dans presque tous les logiciels de gestion de stocks, lorsque celui est configuré correctement.

José Renco devant la camionette de Romain Duciel. Crédits Romain Duciel

Répression syndicale

Tout juste élu en mai 2023, José Renco, délégué du personnel CGT chez Scapnor, dresse un constat effarant des luttes menées sur ce site fondé en 1969. Déjà le 28 mars, une vingtaine de représentants de l’union locale CGT avait manifesté devant la Scapnor pour protester contre la mise à pied de deux salariés de l’entreprise, candidats CGT aux élections professionnelles du 17 avril 2023.

Si une présence syndicale interne est née en mai 2023 au sein de cette entreprise, les militants alertent déjà sur les dérives. “Les missions des élus connaissent de nombreuses entraves. Les consultations obligatoires ne sont pas respectées au sein de l’entreprise et les informations communiquées au comité social et économique (CSE) sont inexistantes malgré de nombreuses demandes”, explique José Renco.

“La direction fait régner un climat de terreur”

Mais le tableau se noircit encore un peu plus lorsque le délégué du personnel aborde les conditions de travail : “depuis près de 2 ans, la direction de la Scapnor a fait le choix d’adopter des méthodes de management brutales envers les salarié·es. Ceci génère, auprès du personnel, une très grande souffrance au travail.”

Dans le détail, “les temps de pause ne sont plus respectés, les heures supplémentaires ne sont plus rémunérées, les salarié·es craignent de demander à leur hiérarchie de pouvoir se rendre aux toilettes. La direction fait ainsi régner un climat de terreur, en laissant entendre aux salarié·es que la moindre contestation de leur part entraînera un licenciement immédiat”.

La médecine du travail et l’inspection du travail ont été saisies. Mais on se demande, pourquoi un patron qui ne respecte absolument pas le code du travail peut encore avoir des personnes sous ses ordres ? Ne faudrait-il pas retirer au patronat le droit d’embaucher en cas de fraudes manifestes au Code du travail ?

Photo du piquet de grève. Crédits : José Renco

Romain est soutenu

Romain Duciel est soutenu par la CGT qui l’accompagnera dans “tous les recours juridiques qui seront nécessaires, pour la réhabilitation du membre de leur équipe”.

Le travailleur passe ses jours et ses nuits dans un camion garé en face de l’entreprise qui l’a licencié. Soutenu par ses collègues et sa famille, il est déterminé à ne rien céder. C’est face au mépris de la direction qu’il entame une grève de la faim.

José Renco et la section locale de la CGT appellent tous les citoyen·nes à apporter leur soutien à Romain Duciel et à se mobiliser à leurs côtés. Une manifestation est prévue mardi 11 juillet 2023.

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